« L'Indigène aux semelles de vent »

L'Indigène aux semelles de vent - Nina Hayat - couverture

Pierre Vidal-Naquet dans sa préface dit : « Le titre du livre a été bien choisi. Nina Hayat y fait le portrait de son père, un "indigène", et même, officiellement un "Indigène algérien musulman non naturalisé français" (IAMNNF), mais aux "semelles de vent" ce qui est une référence à Arthur Rimbaud. C'est là dire qu'il parlait et écrivait la langue de Voltaire... »

Nina Hayat nous offre pour son troisième ouvrage ce signe de Vie et nous inscrit l'espoir pour cette Algérie à vaincre.

Michel Reynaud, éditions Tirésias

« Et voilà qu'il est là, le tendre hommage qu'il me fallait te rendre, Papa ! [...] Et si demain, qui sait, au siècle prochain, un seul de tes arrière-petits-enfants ou un seul des gamins d'Algérie se souvient de toi [...] avec tendresse, alors, pour de bon, j'ai réussi "mon coup" ! »

Nina Hayat

Préface de Pierre Vidal-Naquet

[...] Tel était Mohamed Belhalfaoui, un intellectuel peut-être atypique, mais à cheval sur deux cultures, traduisant en arabe algérien le Dom Juan de Molière, préférant renoncer au titre de docteur d'Etat plutôt que de renier ses opinions, quittant l'Algérie pour la France, et la France pour l'Allemagne « socialiste » où il découvre un autre système inégalitaire, rentrant en Algérie en 1965 pour s'y trouver, avec des titres ronflants, marginalisé et doté du conseil de toucher son traitement et de se faire oublier.

En quelques phrases sa fille, Nina Hayat, analyse les drames successifs, drame colonial d'abord: « Un peuple tout entier mis à genoux! C'était l'enfer sur terre pour tous, partout, chaque jour, tout le temps! ». Mais elle ajoute : « Nous en payons toujours le prix! Ils sont nés de ces ténèbres-là, nos drôles de patriotes à courte vue qui, forts d'avoir arraché l'indépendance par les armes - en faisant table rase, au passage, de leurs «frères » nationalistes à vision universelle pour qui savoir et liberté formaient un seul et même combat - s'accaparèrent l'Algérie nouvelle et la conduisirent à sa perte ! » Et voilà pour la caste militaire qui, depuis 1962, et surtout depuis 1965, s'arroge le pouvoir et la rente pétrolière, sans avoir vraiment combattu.

Mais, Nina Hayat ajoute aussitôt: «Ils sont nés de ces ténèbres-là, les monstres assoiffés de vengeance et de haine, qui ne rêvent que de faire à leur tour main basse sur l'Algérie meurtrie et nous terrifient aujourd'hui au nom d'Allah! " Et voilà pour les Islamistes, les barbus, responsables d'une large part des massacres et des viols qui ensanglantent l'Algérie depuis 1992.

Mais Nina Hayat ajoute encore : « Ils sont nés de ces mêmes ténèbres, les poignées d'Indigènes Algériens Musulmans Non Naturalisés Français qui, seuls contre tous - les occupants comme les occupés - ont arraché une part d'entre nous à cet enfer pour faire de nous des Hommes! Nous leur devons une fière chandelle: ils nous ont ouvert le chemin de la vraie liberté et restent la lumière qui éclaire nos pas ». [...]

Il existe aujourd'hui en Algérie une société civile qui ne demande qu'à se développer librement. D'immenses manifestations parties de Kabylie ou d'ailleurs ont montré ce qu'elle voulait et ce qu'elle refusait : la tyrannie islamiste et la dictature militaire. Puisse le nouveau livre de Nina Hayat l'aider à l'exprimer. Je lui souhaite bon vent !

Références

L'Indigène aux semelles de vent, de Nina Hayat, éditions Tirésias, 2001, 166 pages, 15,25 euros.